Accueil | Publications | Chroniques RH | Satisfaction au travail

Satisfaction au travail

Par Jean Archambault Ph.D., psychologue industriel, et Yves Archambault, CRHA
LLYR Ressources humaines

Plusieurs secteurs de l’activité économique au Québec sont présentement confrontés à une rareté de main-d’œuvre qualifiée. En raison de cette situation, la satisfaction au travail demeure plus que jamais une préoccupation d’actualité. Les entreprises désireuses de combler leurs besoins en personnel doivent être en mesure d’attirer de nouveaux employés et d’accroître leur capacité de les fidéliser. Pour garder à son emploi les meilleurs sujets, l’employeur avisé cherchera à appliquer ici le même principe de base dont il se sert pour conserver ses bons clients, soit celui de la satisfaction. Pour y parvenir, il est impérieux de se doter d’outils adéquats qui lui permettront précisément d’évaluer et d’améliorer la qualité du climat de travail de son entreprise.

Un contexte de travail en mutation

Ici comme ailleurs dans le monde industrialisé, nous assistons présentement à l’émergence de nouvelles tendances dans le domaine de la gestion des ressources humaines. Ces tendances sont directement liées à la satisfaction au travail et elles amènent les entreprises à revoir leur mode de fonctionnement afin de mieux satisfaire aux besoins actuels de leurs employés ainsi qu’à leurs aspirations. Voici quelques exemples :

La nouvelle génération ou « génération Y »

L’arrivée massive d’une nouvelle génération sur le marché du travail, les « Y » comme on les appelle, apporte son lot de défis pour les employeurs. En effet, ceux qui constituent cette nouvelle génération sont porteurs de valeurs différentes de celles qui ont marqué leurs prédécesseurs. C’est ainsi qu’ils seront stimulés par les défis à relever dans l’emploi et par le sens qu’ils accordent à leur travail plutôt que par des directives imposées par leur patron. Ils chercheront à s’épanouir dans des sphères autres que celles du travail et n’hésiteront pas à changer d’emploi lorsque leurs attentes ne seront pas comblées.

L’attraction de candidats

Les entreprises se livrent une lutte acharnée afin de recruter des employés de qualité. Pour attirer les meilleurs candidats possibles, elles soignent leur image en tant qu’employeur et font valoir leur capacité d’offrir une situation de travail intéressante et stimulante. Aussi publicisent elles leurs programmes de gestion des ressources humaines et les résultats obtenus lorsqu’elles participent à des palmarès du « meilleur employeur ». 

La conciliation travail-famille

La recherche d’équilibre entre vie familiale et vie professionnelle occupe une place prépondérante parmi les préoccupations des travailleurs, et ce, pour de multiples raisons. Par exemple :

  • La place accordée à nouveau à la famille comme valeur fondamentale pour notre société;
  • Le partage plus équitable des responsabilités familiales entre l’homme et la femme;
  • L’accroissement du nombre de familles monoparentales.

La possibilité de rendre compatibles vie familiale et vie professionnelle devient donc un facteur important qu’il faut prendre en compte lorsqu’il s’agit d’évaluer le degré de satisfaction d’un employé par rapport à son emploi. Ce facteur risque d’ailleurs d’influencer grandement ses décisions quant à son plan de carrière.

Ces quelques exemples rappellent combien la satisfaction des employés est plus que jamais un enjeu incontournable pour les entreprises. Face à la situation actuelle de l’emploi et s’il veut conserver ses bons employés tout comme en attirer de nouveaux, force est de constater que l’employeur n’a pas le choix d’aborder de façon prioritaire toute cette question de la satisfaction au travail.

Ce qu’est la satisfaction au travail

La satisfaction au travail repose sur le rapport existant entre la situation de travail actuelle d’un employé et la situation idéale qu’il recherche. Ainsi, une personne sera satisfaite au travail si sa situation au travail, telle qu’elle la perçoit, répond à ses aspirations. Par exemple, un employé qui perçoit que son travail lui permet de développer ses aptitudes ou d’acquérir de nouvelles connaissances sera satisfait de cet aspect de son travail.

La satisfaction au travail est en réalité multidimensionnelle, c’est-à-dire qu’un employé n’est pas globalement satisfait ou insatisfait. Il sera satisfait ou insatisfait  par rapport à certains facteurs particuliers.  Ainsi, un employé satisfait des possibilités de développement personnel que lui offre son emploi pourrait très bien être insatisfait de ses relations avec ses collègues ou de ses conditions salariales.

En mesurant la satisfaction au travail, il devient possible d’évaluer jusqu’à quel point un milieu de travail donné correspond aux attentes de l’employé. Une telle démarche permet également d’identifier les facteurs revêtant une plus grande importance pour lui. Parmi ces facteurs, nous retrouverons facilement les suivants :

  • les relations avec les collègues de travail et les supérieurs immédiats;
  • le sentiment d’accomplissement que l’individu trouve dans son travail;
  • les conditions salariales;
  • la qualité des communications au sein de l’entreprise;
  • les équipements offerts et l’environnement de travail.

Lorsqu’une évaluation de la satisfaction au travail est complétée, l’employeur est en mesure d’établir pour son entreprise un diagnostic où apparaissent les lignes de force en matière de gestion des ressources humaines, de même que ce qui doit être amélioré. À partir de ce diagnostic, un plan d’action pourra être établi afin d’accroître le niveau de satisfaction du personnel et, surtout, de prévenir les coûts engendrés par l’insatisfaction et le roulement (démotivation, baisse de productivité, absentéisme, etc.). 

Comment mesurer la satisfaction au travail

Le processus d’évaluation comprendra d’abord la sélection et la définition des facteurs que l’on souhaite évaluer. Nous nous emploierons ensuite à mesurer la satisfaction au travail en colligeant diverses données à l’aide de :

  • l’administration d’un questionnaire;
  • l’entrevue.

L’une et l’autre méthode comporte des avantages et des inconvénients que nous résumons dans le tableau suivant.

Méthode Avantages Inconvénients
Questionnaire Permet de :
  • Consulter aisément tous les employés.
  • Quantifier le niveau de satisfaction des employés.
  • Mesurer un grand nombre de facteurs en peu de temps.
Approche plus impersonnelle.
Ne peut fournir qu’un aperçu de la situation.
Entrevue Fournit une information détaillée et précise.
Approche personnalisée.
Permet une analyse raffinée de la situation.
Demande l’intervention d’un spécialiste.
Exige plus de temps. Ne peut impliquer qu’un nombre limité d’employés.

La stratégie idéale demeure une combinaison des deux méthodes, car elle permet d’analyser le climat de travail suivant le modèle de l’« entonnoir ». L’administration du questionnaire servira d’abord à identifier les grands enjeux sur lesquels est fondée la satisfaction des employés, alors que les entrevues menées ensuite auprès de certains groupes d’employés permettront de mieux comprendre les difficultés perçues. Ces entrevues favoriseront également l’implication du personnel dans l’identification des solutions.

L’évaluation de la satisfaction au travail : une opération rentable

Lorsqu’une telle démarche est menée au sein d’une entreprise, elle a comme premier effet de contribuer largement à développer chez les employés le sentiment d’être traité avec considération par l’employeur et que celui-ci accorde une importance réelle à leur opinion.

Ce type d’évaluation permet de prévenir les situations susceptibles de générer de l’insatisfaction chez certains employés, sachant que de telles situations ne peuvent avoir qu’un effet négatif sur le rendement du service impliqué, soit en créant un climat malsain ou en entraînant une perte d’efficacité des ressources humaines ou même le départ d’employés compétents.

L’augmentation du niveau de satisfaction des employés est susceptible d’améliorer le rendement de l’entreprise en mobilisant le personnel à l’égard des objectifs qu’elle poursuit. Un nouvel employé qui se joint à l’entreprise alors qu’il est animé du désir de travailler et qu’il est porté par un sentiment de bien-être sera davantage disposé à se conformer aux directives et à fournir les efforts nécessaires afin de bien accomplir sa tâche. Le sentiment de confiance envers l’employeur ira croissant, ce qui aura pour effet de favoriser chez lui l’adaptation au changement.

Dans un milieu de travail où l’on cherche à créer un climat stimulant, les relations entre employés et employeur seront davantage axées sur la collaboration plutôt que sur la confrontation. La démarche que nous proposons ne peut que favoriser une communication plus ouverte où il devient possible de bien cerner les améliorations à apporter ainsi que leur importance relative.

Il importe enfin de noter qu’un groupe d’employés satisfaits ne peut qu’améliorer l’image de marque de l’employeur, de même qu’il incitera des candidats de valeur à postuler un poste au sein de l’entreprise.

Un bulletin de santé indispensable

Le choix pour un employeur de s’engager dans un processus d’évaluation de la satisfaction au travail de ses employés peut se comparer à la décision d’un individu qui prend rendez-vous avec son médecin de famille afin de procéder à l’établissement d’un bilan de santé.  Peut-être que les résultats ne lui plairont pas, surtout s’ils commandent des changements dans ses habitudes de vie ou une investigation plus approfondie, mais il se peut fort bien qu’il en ressorte grand gagnant parce qu’on aura décelé à temps un problème qui risquait de devenir majeur, voire fatal. Le temps et l’énergie consacrés à s’occuper de sa santé auront alors été un excellent investissement pour cette personne. « Le jeu en valait la chandelle », pourra-t-elle se dire.

La bonne santé d’une entreprise mérite bien un bilan de qualité et un diagnostic adéquat établis par des personnes compétentes, surtout lorsqu’il s’agit d’un enjeu majeur comme la satisfaction au travail.

 

Plan du site  |  Conception : Kiwigraphik  |  Réalisation : NeXion
| | Partager